5.30 hres, le sommeil s’en est allé. La nuit, elle, s’étire. La lune laisse descendre ses rayons lumineux
sur une mer à peine parcourue d’un léger frisson.
Tout doucement, sans bruit, la nuit fait place à l’aube et je ne peux résister à
l’envie de parcourir une dernière fois la bananeraie qui conduit aux mornes
dans l’arrière pays de St-Marc. Ma tête
pense au risque, si minime soit-il, mon âme à la beauté, à la liberté. J’amène mon arme secrète : un sourire
tout en lumière et des bonjours qui attirent la gentillesse; les passants me
les rendent bien. Sans vouloir être
prétentieuse, je me sens lumineuse en dedans.
Sur ma route, un âne brait, un cheval hennit, un cabri
bêle. Un poulain nouvellement né est léché
par sa mère. Quelques mètres plus loin
c’est un veau qui titube en essayant de faire ses premiers pas. Je suis émerveillée. À l’arrière plan, quelques rayons de soleil
éclaboussent les mornes avec un soupçon de brune.
Trois jeunes haïtiens m’accompagnent pour quelques cent mètres
sur la route. Et là, attention Marcel,
car tu as de la concurrence. Un d’eux,
me dit ‘ j’aime ta façon de marcher, tu es la plus belle femme que j’ai
rencontrée. Je vais me souvenir de moi
tous les matins en m’éveillant’. Je sais
que ce n’était pas tout à fait désintéressé… mais il m’a bien amusée; ces haïtiens
sont si charmeurs.
Soudain, un gros tas de pierres sur la route et une
vingtaine de personnes surtout des femmes.
Elles prennent les cailloux, un à un, les installent sur leur tête en
ayant au préalable posé un genre de coussin protecteur et les transportent plus loin sans doute pour faire un canal afin
de laisser passer l’eau. Je trouve leur
travail admirable.
Ce début de journée ‘m’énergise’ et se grave dans ma mémoire
comme un moment de vie tout à fait exceptionnel.
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